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Genre et medias
Les medias — du divertissement et des plateformes sociales aux radiodiffuseurs publics et aux journaux — remplissent un double role dans le debat sur le genre. Ils rapportent, et ils socialisent. La maniere dont les sujets transgenres sont cadres, les recits qui passent ou non, et les critiques qui sont ou non admises, faconnent en partie la maniere dont toute une generation de jeunes apprend a penser l'identite et le corps. Cette influence n'est pas un detail mais un element central du recit.
Cadrage unilateral dans les medias mainstream
Une grande partie des reportages mainstream neerlandais et internationaux sur les sujets transgenres a, ces dix dernieres annees, largement suivi l'agenda des organisations militantes. Des concepts comme 'sexe assigne a la naissance', 'soins d'affirmation de genre' et 'les enfants trans le savent depuis toujours' ont souvent ete repris sans verification. Les voix des detransitionneurs, cliniciens critiques, parents et autrices feministes ont ete bien moins entendues. Le resultat n'est pas un reportage neutre mais un recit unilateral.
Au Royaume-Uni, cela a change lorsque des journalistes independants (notamment Hannah Barnes avec Time to Think) et des chercheurs ont examine la pratique de la clinique de genre Tavistock. Aux Pays-Bas, cette perspective critique reste sous-representee dans la presse mainstream.
Reseaux sociaux et role dans la socialisation
Les reseaux sociaux sont un facteur a part entiere, pas un miroir passif. Sur TikTok, Instagram, YouTube et Tumblr sont apparues a partir d'environ 2014 de grandes communautes ou des adolescents — surtout des filles — se sont inities mutuellement a la dysphorie de genre, aux recits de transition et aux etiquettes identitaires. Les algorithmes amplifient les contenus auxquels les utilisateurs reagissent, si bien que quiconque clique une fois sur le sujet se retrouve en peu de temps dans une bulle fortement affirmative. Ce n'est pas une conspiration mais une consequence directe de la maniere dont ces plateformes sont construites.
Des recherches menees notamment par Lisa Littman (2018) ont mis en evidence un schema de dysphorie de genre apparue soudainement chez des adolescents, surtout des filles, souvent dans des groupes d'amis simultanement, souvent apres une utilisation intensive des reseaux sociaux. Le concept de Rapid Onset Gender Dysphoria est conteste, mais l'observation empirique de la courbe de progression et du schema de groupement tient.
Le role du divertissement
Les films, series et plateformes de streaming montrent de plus en plus souvent des personnages transgenres comme protagonistes positifs. Ce n'est pas un mal en soi, mais lorsque le divertissement propage systematiquement l'idee que la transition est une solution sans partage positive, alors que la detransition, le regret et les complications restent systematiquement hors champ, il se produit un effet de sensibilisation sans qu'il y ait sensibilisation. Pour les jeunes a l'age de la construction identitaire, c'est une forme importante de promotion implicite.
Ce qui manque : voix critiques, detransitionneurs, parents
Dans de nombreuses productions mainstream, les cliniciens critiques (Cass, Levine, Hruz), les autrices feministes (Stock, Joyce), les detransitionneurs (Cole, Beck, Bell) et les parents inquiets sont rarement entendus. Lorsqu'ils sont entendus, ils sont souvent presentes comme 'opposants' ou 'anti-trans'. Une discussion scientifique et sociale legitime est ainsi de facto exclue de l'information publique.
Directives journalistiques et autocensure
Les manuels journalistiques sur le reportage transgenre — souvent rediges en cooperation avec des organisations militantes — contiennent des regles d'usage de la langue qui vont au-dela de la politesse : ils prescrivent quels termes peuvent ou non etre utilises, quelles recherches 'causent un prejudice' et quelles questions sont inappropriees. Le resultat est une forme rampante d'autocensure ou les journalistes cessent de poser des questions cruciales sur les soins, les preuves et le bien-etre des jeunes.
Que doit contenir un bon reportage ?
Un bon journalisme presente les sujets contestes comme contestes. Pour les soins de genre, cela signifie : attention a la Cass Review, aux changements de cap en Suede, Finlande, Norvege et Danemark, a l'existence de la detransition et du regret, a la faible base probante de la transition juvenile, et a la difference entre adultes avec dysphorie de longue date et adolescents avec questions identitaires soudaines. Sans ce panorama, le reportage n'est pas de l'information mais du plaidoyer.