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CIM-11 et variation de genre

La CIM-11, classification internationale des maladies de l'OMS, a déplacé en 2022 la variation de genre du chapitre des troubles psychiques vers un nouveau chapitre « affections liées à la santé sexuelle ». Le nouveau terme est « incongruence de genre ». Cette décision a été saluée par ses partisans comme une dépsychiatrisation. En même temps, elle ne repose pas sur de nouvelles preuves biomédicales mais surtout sur un point de départ normatif : l'étiquette de « trouble psychique » serait stigmatisante.

Une reclassification sans base probante

La voie scientifique usuelle veut qu'une affection soit retirée d'une classification ou déplacée lorsque de nouvelles preuves montrent que l'agencement existant est incorrect. Avec la variation de genre, ce n'est pas ce qui s'est passé. Aucune découverte biomédicale ne démontre que l'incongruence de genre est dépourvue de substrat psychiatrique. La reclassification a été portée par des organisations d'intérêt, des cliniciens militants et le groupe de travail de l'OMS — non par une percée de recherche. Des critiques, parmi lesquels plusieurs psychiatres qui ont contribué au DSM et à la CIM, alertent qu'un jugement normatif y a été présenté comme conclusion scientifique.

De facto : un seuil abaissé pour l'intervention médicale

Dans la CIM-11, la souffrance n'est plus un critère obligatoire. Quiconque ne se reconnaît pas suffisamment dans son sexe de naissance répond en principe à la définition, même sans souffrance cliniquement significative. C'est un élargissement considérable du public cible des interventions médicales — alors que ces interventions (hormones, chirurgie) restent inchangées en lourdeur et en irréversibilité. La sortie du domaine psychiatrique signifie en pratique que l'évaluation psychologique devient moins évidente, alors que c'est précisément l'espace où la comorbidité (autisme, traumatisme, dépression, troubles alimentaires) est reconnue.

Moins de stigmate, moins de rigueur ?

L'argument de la « dépsychiatrisation » est séduisant mais a un revers. En sortant la variation de genre de la psychiatrie, on affaiblit aussi la protection qu'offre le diagnostic psychiatrique : diagnostic différentiel, attention à la problématique sous-jacente, et conscience qu'un désir de modifier le corps peut lui-même être objet de réflexion clinique. Le risque est que de plus en plus de personnes — souvent jeunes, souvent avec problématique multiple — accèdent directement à des parcours médicaux lourds sans que le dépistage psychiatrique soit structurellement assuré.

Réexamen international

La Cass Review (2024) et les révisions en Suède, Finlande et Norvège vont précisément dans l'autre sens : davantage d'évaluation psychologique, retenue sur l'intervention médicale chez les jeunes, et reconnaissance que la dysphorie de genre s'accompagne souvent d'autres problèmes qui méritent l'attention d'abord. La reclassification CIM-11 et ce virage clinique sont en tension.

Mise en œuvre aux Pays-Bas

Les Pays-Bas migrent progressivement vers la CIM-11. En pratique, de nombreux soignants utilisent encore des codes CIM-10. Comment les soins de genre néerlandais se positionneront entre la prémisse normative de la CIM-11 et la ligne plus prudente de la Cass Review reste ouvert.