Hébergement pour femmes et sécurité : pourquoi le sexe biologique exige une politique réfléchie

Lorsqu’une personne fuit les violences domestiques ou sexuelles, elle a besoin de bien plus qu’un lit et d’une adresse confidentielle. L’hébergement pour femmes doit être un lieu où les victimes et leurs enfants sont physiquement en sécurité, mais peuvent aussi se détendre, dormir, se doucher, parler et se reconstruire sans rester constamment sur leurs gardes. C’est précisément dans ce contexte que le sexe biologique compte. Le reconnaître ne constitue pas un jugement sur les personnes transgenres. Il est toutefois nécessaire d’élaborer des politiques qui tiennent compte des besoins différents de toutes les personnes concernées en matière de sécurité et de reconstruction.
L’hébergement pour femmes est un dispositif spécialisé de mise en sécurité
Les refuges pour femmes et les autres formes d’hébergement qui leur sont destinées s’adressent aux personnes qui ont quitté leur domicile en raison de conditions de vie dangereuses, aiguës ou chroniques, notamment en cas de violences physiques, psychologiques et sexuelles. Les résidentes arrivent souvent avec leurs enfants, peu de biens et un niveau de stress élevé. L’hébergement offre du calme, un accompagnement, la confidentialité ainsi qu’une aide dans des domaines tels que les soins, les revenus, les démarches juridiques et le logement. Le gouvernement néerlandais souligne que l’hébergement pour femmes vise à offrir aux victimes de violences un lieu de séjour temporaire sûr et une nouvelle base pour se reconstruire.
Regelhulp, le service du ministère de la Santé, du Bien-être et des Sports décrit explicitement l’hébergement pour femmes comme une solution destinée aux victimes de violences domestiques, souvent accompagnées de leurs enfants. Le référentiel de qualité applicable à l’accueil social et à l’hébergement pour femmes précise en outre que la sécurité englobe à la fois la sécurité objective et le sentiment de sécurité. Le calme, l’intimité, un cadre professionnel clair et la protection des enfants en font également partie.
C’est important, car le traumatisme ne dépend pas uniquement d’un nouveau danger objectif. Une personne ayant subi des violences sexuelles, de la coercition ou des mauvais traitements prolongés peut se sentir en insécurité dans des situations que d’autres considèrent comme ordinaires : une salle de bains partagée, un couloir la nuit, une proximité physique ou la présence d’une personne qui lui rappelle un agresseur masculin. La reconstruction ne doit donc pas exiger des résidentes qu’elles prouvent d’abord que leur peur est « raisonnable ». L’hébergement doit prendre cette vulnérabilité comme point de départ.
Ce que signifie le sexe biologique dans ce contexte
Le sexe biologique renvoie aux caractéristiques corporelles liées à la reproduction et au développement sexuel, telles que les chromosomes, les hormones et les organes reproducteurs. Chez la plupart des personnes, ces caractéristiques forment un ensemble principalement masculin ou féminin ; il existe également des personnes présentant des variations des caractéristiques sexuelles. L’identité de genre désigne le vécu intérieur d’une personne et son identification sociale en tant que femme, homme, les deux ou aucun des deux. Ces deux notions méritent d’être abordées avec respect, mais elles ne sont pas identiques.
Dans l’hébergement pour femmes, le sexe peut être pertinent parce que ce dispositif a été historiquement et concrètement conçu autour de violences qui touchent de manière disproportionnée les femmes, commises par des partenaires ou des proches de sexe masculin. Il ne s’agit pas seulement de risques statistiques, mais aussi d’intimité corporelle, d’expériences de violences sexuelles, de grossesse, de menstruations, de soins médicaux et du besoin d’un environnement dépourvu de personnes ayant un corps masculin ou ayant été socialisées comme des hommes. Cela ne concerne pas toutes les résidentes au même degré, mais les politiques d’accueil doivent précisément tenir compte des personnes pour qui cet aspect est essentiel.
Les règles nationales de qualité indiquent clairement que les organismes d’hébergement doivent évaluer la sécurité de manière large : celle des bénéficiaires, des enfants et du personnel ; tant dans les incidents concrets que dans le sentiment de sécurité. Ces règles mentionnent également des mesures physiques, telles qu’une adresse confidentielle, la vidéosurveillance et la gestion des clés, en plus de la sécurité sociale au sein du groupe. Le référentiel de qualité pour l’hébergement des femmes laisse ainsi la possibilité de mettre en place des politiques tenant compte de la nature spécifique de ce dispositif.
La tension autour de l’auto-identification
Une politique fondée exclusivement sur l’auto-identification peut entrer en contradiction avec l’objectif d’un lieu d’hébergement séparé selon le sexe. Si une déclaration d’identité de genre devient automatiquement déterminante pour l’attribution d’une place, un organisme ne peut plus garantir à l’avance qu’un espace de vie sera utilisé exclusivement par des résidentes biologiquement féminines. Pour certaines femmes qui fuient le contrôle masculin, les mauvais traitements ou les violences sexuelles, cette garantie est précisément une condition pour oser recourir à l’hébergement ou s’y sentir suffisamment en sécurité pour se reconstruire. Au Royaume-Uni, la Cour suprême s’est penchée en 2025 sur cette question précise concernant la définition du terme « femme » dans la loi sur l’égalité de traitement ; cet arrêt de la Cour suprême du Royaume-Uni a des conséquences directes pour les hôpitaux et les structures d’hébergement.
Cela ne signifie pas que les femmes transgenres seraient dangereuses en tant que groupe. Cela ne signifie pas non plus que les personnes transgenres ne puissent pas être victimes de violences ; elles peuvent justement être confrontées à la discrimination, au rejet et aux violences. La question politique n’est donc pas : « qui est digne de confiance ? » La question est plutôt la suivante : quelle forme d’hébergement répond, dans une situation de crise concrète, au respect de la vie privée, des limites corporelles et des besoins de sécurité liés au traumatisme de l’ensemble des résidentes ?
Une évaluation individuelle des risques reste nécessaire, mais elle ne peut pas entièrement remplacer un dispositif lié au sexe. L’évaluation des risques porte principalement sur les menaces connues, le comportement, le harcèlement, les problèmes psychiques ou le risque provenant d’un ex-partenaire. Elle ne peut pas éliminer le fait que certaines résidentes ne se sentent pas en sécurité en présence d’un résident biologiquement masculin, même si cette personne se comporte de manière respectueuse. Le gouvernement souligne que la question centrale lors de l’attribution d’une place est de savoir si une personne peut être accueillie en toute sécurité dans un lieu précis. Les questions parlementaires sur l’hébergement sécurisé décrivent à cet égard l’évaluation actuelle des risques et les outils destinés à l’hébergement pour femmes.
Une politique réfléchie : protéger sans stigmatiser
Une approche viable commence par la clarté. Les organismes peuvent réserver explicitement une partie de leur capacité résidentielle aux victimes biologiquement féminines et à leurs enfants, en particulier lorsque les chambres, les sanitaires et les espaces communs sont partagés. Il ne s’agit pas d’un rejet général des personnes transgenres, mais d’un dispositif limité, cohérent avec la raison d’être de l’hébergement pour femmes : permettre de se reconstruire après des violences sexuelles ou conjugales dans un environnement que les résidentes perçoivent comme féminin et séparé selon le sexe.
Parallèlement, les victimes transgenres doivent bénéficier d’une aide adaptée, sûre et digne. Cela peut passer par une chambre ou une unité séparée, un hébergement individuel à petite échelle, un hébergement hôtelier comme solution d’urgence temporaire, une orientation vers un prestataire spécialisé ou un accompagnement ambulatoire associé à un logement sûr. La solution appropriée varie selon la personne, les capacités disponibles, les besoins médicaux et psychosociaux, la présence éventuelle d’enfants et le risque posé par un agresseur. Un réseau transparent de solutions alternatives évite que quelqu’un ne soit laissé sans solution. Le dilemme politique et les alternatives adaptées sont approfondis sur vrouwenruimtes.nl.
- Soyez clair à l’avance : expliquez aux résidentes les règles d’admission et d’attribution des places ainsi que les accords en matière de confidentialité.
- Demandez un consentement éclairé : discutez des choix pertinents concernant l’hébergement avant de placer une personne dans un cadre de vie partagé, dans la mesure où la sécurité immédiate le permet.
- Protégez la confidentialité : ne communiquez des informations médicales, juridiques ou personnelles sur le sexe ou la transition d’une personne que si cela est strictement nécessaire à des soins sûrs.
- Écoutez séparément les résidentes : permettez aux femmes d’exprimer leurs limites sans les qualifier d’intolérantes, et permettez aux bénéficiaires transgenres de parler de leurs préoccupations en matière de sécurité sans humiliation.
- Investissez dans les capacités d’accueil : les solutions individualisées ne sont possibles que si les municipalités et les prestataires disposent de suffisamment de chambres individuelles, de places alternatives et d’un accompagnement spécialisé.
Sécurité, dignité et reconstruction vont de pair
Un bon hébergement pour femmes ne nécessite pas de choisir idéologiquement entre les droits des femmes et la dignité des personnes transgenres. Il exige une capacité professionnelle à distinguer les situations. Dans un dispositif résidentiel destiné aux victimes de violences masculines, le sexe biologique peut être un facteur pertinent, voire déterminant, pour l’intimité et la reconstruction après un traumatisme. Cette constatation ne doit toutefois jamais servir à humilier les personnes transgenres, à les rendre collectivement suspectes ou à leur refuser de l’aide.
Les politiques sont les plus rigoureuses lorsqu’elles prennent au sérieux les limites des résidentes vulnérables, garantissent aux personnes transgenres l’accès à un accompagnement adapté et expliquent les décisions au regard de la sécurité, de la proportionnalité et des besoins individuels. C’est la seule manière pour que l’hébergement pour femmes reste ce qu’il doit être : un espace de transition sûr où les violences cessent et où la reconstruction peut commencer.
Des arbitrages comparables se posent lors du placement des personnes détenues, comme l’explique l’article sur le genre et la prison, ainsi que dans le débat plus large sur les personnes transgenres et la sécurité des femmes.